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Albert LOBO        Biographie        Textes         

Ser o estar

La peinture d’Albert Lobo nous place face à une œuvre déroutante, paradoxale et énigmatique. A la manière d’un jeu de piste, des nus ainsi que des figures symboliques dialoguent avec d’étranges natures mortes.

Du même abord subtil déclinant le verbe « être » par les vocables "ser ou estar" en espagnol, le visiteur est convié à chalouper dans les méandres de ce qui est permanent ou temporaire. Ce questionnement sur l’identité invite à dépasser les apparences et à approfondir la notion d’existence à travers la représentation et le non tangible.
Pour l’artiste, l'ambiguïté du regard voilé qui jalonne son oeuvre, exprime autant la confiance, que l’aveuglement et fait écho à celui du visiteur. Il appelle à dépasser une cécité de surface pour s’abandonner à l’autre dans une juste altérité.

Derrière une technique ancestrale parfaitement maîtrisée, le dispositif classique de portrait est réinterprété de façon contemporaine par le minimalisme de sa composition, de ses couleurs et surtout de son langage, emprunté à la communication visuelle.
La palette d’Albert Lobo donne de légers reflets colorés à la peau et de la sensualité à un symbole, à une réalité qui prend soudainement corps. De ses « figures » émane quelque chose de fort et d’indéfinissable, un rapport à l’intériorité. On y rencontre des personnages non idéalisés pour évoquer « la Justice », « l’Altérité », « la Marianne », dont les corps demeurent très humains et touchants dans leur proximité, leur imperfection harmonieuse. Quelque chose d’aussi universel qu’un symbole se retrouve ainsi incarné d’une façon personnelle sans stéréotype, créant une tension paradoxale.
Le concret devient alors support d’abstraction et s’efface à son profit. On se retrouve aux confins de deux approches: l’une intellectuelle tentant de résoudre l’énigme proposée et l’autre, plus émotionnelle, liée a la rencontre avec une individualité unique, vivante, douce, nimbée d’affect implicite, puisque le peintre fait poser des amis et connaissances.

Par ailleurs, en référence à l’école flamande, chez Albert Lobo il y a toujours une vanité cachée derrière une nature morte. Il décline à loisir la thématique de la boite, ce contenant énigmatique référentiel pour lui. Les objets, malgré leur apparente fonction banalisée, demeurent principalement la trace de quelqu’un.
D’un simple jeu formel on dérive sur quelque chose de drôle mais parfois aussi d’inquiétant. Une chose triviale, telle “l’emballage d’un kebab”se retrouve magnifiée au centre de la toile, permettant aux identifications de déferler comme pour un portrait. Il est question d’abolir la hiérarchie d’usage plaçant le primat du personnage sur l’objet, pour se laisser imprégner par le mystère d’un dispositif codé subtilement évocateur.

Pieds de nez au classicisme et affleurage d’émotion s’intriquent délicatement dans une œuvrequi manie le décryptage complexe résidant au cœur d’une apparente épure.

Anne-Claire PLANTEY


La figure du portrait et de l’autoportrait dans l’oeuvre d’Albert Lobo.

Ces allégories intimes d’apparences évidentes n’en conservent pas moins une part de mystère. Et c’est là l’essence même  de cette œuvre qui se refuse au jeu des séries faciles, ou des interprétations immédiates.

De fait ce peintre contemporain et paradoxalement hors du temps, partage et réifie une idée chère à Léonard de Vinci. Ce dernier considérait que la peinture est essentiellement une «  cosa mentale », une activité intellectuelle par excellence, qui lie de façon mystérieuse et unique la main et l’œil dans un même mouvement.

Fort de cette idée les toiles d’Albert Lobo se présentent comme  la résultante de cette alchimie entre le corps et l’esprit.  Aussi il émane de ces oeuvres un charme rare, dû au subtil mélange d’analyse et d’émotion qu’opère l’artiste dans chacune d’elle. Si elles tiennent leur exactitude de l’usage premier que le peintre fait de la photographie, elles se teintent d’intranquillité, de fantaisie ou de spiritualité de par la radicalité de leurs factures, de leurs cadrages, de leurs compositions et de leurs sujets.

Il en résulte au fil des années un ensemble de toiles uniques, tour à tour clinique énigmatique et d’une évidente justesse. Un hommage  implicite aux maîtres de l’histoire de l’art qu’Albert Lobo évoque sans jamais littéralement les citer. Ces portraits au réalisme psychologique subtil nous rappellent que l'esprit qui distingue l’humanité est partout présent et qu’il doit encore et toujours être rendu visible et perceptible afin de demeurer.

Eric Joly - Commissaire d’exposition et critique d’art


Après une formation dans le domaine de la publicité et un détour par les Beaux-Arts de Cergy où il s’aventure dans bien des directions (photo, vidéo, performance, installation, écriture...), Albert Lobo renoue finalement avec la peinture. D’abord proche de l’expressionnisme, il passe à un style qui conjugue surréalisme, symbolisme, maniérisme et hyperréalisme avec des accents faussement académiques, – ce qu’il définit lui-même d’Apriorisme, mouvement artistique dont il serait encore le seul membre –. Plus arrière qu’avant-garde, il s’affirme naturellement à contre-courant de l’idée de modernité et préfère l’expérience du passé à la recherche de la nouveauté à tout prix.
Une manière selon lui, de prendre du recul sur le présent pour mieux aller de l’avant.

Bob Taellor