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Tarik ESSALHI        Biographie        Textes        Presse       

Tarik Essalhi fait du corps, le sujet de ses créations, tant dans le domaine de la sculpture que dans celui du dessin. Il puise dans les images d'actualités politiques et sociales ainsi que dans l'iconographie du châtiment. Il souligne la place assignée à la souffrance et le plus souvent à l'instant qui précède la mort, en y représentant "une chair morte d'avance". Il y met en relation les représentations du corps captif, supplicié, avec l'idée d'une violence sociale sans aucune intention moralisatrice.

Les scènes où les personnages malmenés subissent l'inévitable sort, évoquent le courage des corps silencieux, alors érigés en martyrs contemporains. Tarik Essalhi donne au châtiment même quelque chose d'auguste et prête aux personnages une sorte de grandeur déchue, un reste de distinction au sein de la misère où le corps défaillant est curieusement peu enclin au sinistre.

Tarik Essalhi, dessine à la plume, instrument de précision qui lui permet d'affirmer le contour et de nourrir l'ombre de hachures croisées qui viennent s'amincir, s'affaiblir aux approches de la lumière. Ses traits révèlent des lignes à la fois fermes et adoucies, appuyées et légères. Le noir de l'encre n'étant répandu que sur les figures, le fond reste blanc  et compose de ce fait une atmosphère lumineuse et intime. Par endroit, le crayon laisse quelques traces légères sur le papier, comme pour figurer les vagues réminiscences d'un songe : dans "Le géant", le visage ébauché du personnage pris au piège par la stature de son bourreau, semble s'évanouir.

Du reste, que sa plume y écrase l'encre ou que son crayon y effleure le papier, les dessins de Tarik Essalhi accusent une ardeur et une violence sublimée. Dans sa série il  révèle sa prédilection pour le terrible où les personnages prennent une physionomie étrange, un tour imprévu, "quelque chose qui échappe et qui prend forme" pour reprendre l'artiste.

Mariska Hammoudi


Comment dire les temps présents en sculpture ? En représentant le prisonnier irakien torturé dans la prison d’Abou Ghraib comme un nouveau saint Sébastien. « Il y a suffisamment de martyrs contemporains pour alimenter mon travail, nourri d’actualités politiques et sociales, sans l’enfermer ». Tarik Essalhi a mis en place une formule plastique qui lui permet de représenter l’incarnation de l’Histoire dans les corps, en fusionnant les images d’information et la persistance des iconographies de la pénitence, de la souffrance et de l’enchaînement dans l’histoire de l’art occidental. Par la facture d’apparence néoclassique de ses sculptures, il crée un trouble autorisant l’expression la plus dure de la barbarie actuelle, qui dévore les corps au nom des intérêts « supérieurs » de l’économie et des gouvernements. Il s’agit de se mettre à bonne distance du spectacle des événements et du moralisme ambiant, en dépassant le cadre historique pour mieux exprimer la brutalité de la domination.

En remontant l’histoire de l’art à travers les représentations bibliques, en regardant longuement encore Michel-Ange, bien après s’être saisi d’un manuel proposant d’Apprendre à dessiner en 40 leçons, Tarik Essalhi a compris que la figuration du corps lui permettrait de dire beaucoup de l’histoire contemporaine, tout en logeant l’irracontable au cœur de la masse de ses sculptures. Son Gisant 3 (2009-2010) est fait de béton et représenté vêtu d’un pantalon. Le but n’est pas d’atteindre à un hyperréalisme, mais bien plutôt de retrouver dans l’usage de cette matière paradoxale, qui construit les murs de nos enfermements, l’idée de la morbidezza formulée par les Italiens. Avec toute la richesse de l’ambiguïté du terme et de sa traduction : la morbidesse en art, c’est la mollesse et la délicatesse de la figure, la souplesse du modelé de l’anatomie. Une forme de sensualité du corps mort ou souffrant. Les vertus d’un alliage entre misère physique et puissance sensuelle permettent à l’artiste d’affirmer la dureté de sa vision. Ce corps rejeté, les mains liées dans le dos, a une chair, douce et mouvante : le traitement des plis de son ventre le dit, en lui restituant une individuation qui lui fut niée par la cruauté de son exécution.

Les sculptures ne sont pas à l’échelle humaine – ce serait en quelque sorte nier le langage plastique, qui n’est pas la réalité. LittleBurqa (2009) est un plâtre de 31 cm de haut ; c’est un buste mobilier sur piédouche, un objet doté d’une échelle préhensible qui renforce l’étrangeté de ce portrait impossible. Figure de veilleuse assise, entièrement recouverte d’un voile, La Gardienne (2011) est réalisée
en porcelaine d’un blanc cassé, translucide, pour suggérer la présence d’une femme sous la configuration pyramidale du plissé. En souvenir des Disparates de Goya, Tarik Essalhi agglomère des significations antagonistes, la beauté et la violence, et vous place face à ce que vous ne savez voir.

Pascal Beausse - 56ème édition du Salon d’art contemporain de Montrouge